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Un cadeau du ciel
 
Text: Jean-Luc Cadenel.
 

Dimanche 8 novembre, le ciel est bleu, une couleur que l'on avait presque fini par oublier...

 

4x4 pour piétons

Hier Marc nous a proposé d'aller faire un "vol rando", histoire de goûter à la tranquillité d'un vol montagne et d'oublier l'espace d'un "plouf" la frénésie des sites sur fréquentés. Au programme la Pointe Saint Jean au cœur du Beaufortin.
Vers 9 h je retrouve Irène, Fred, Steph et Marc, des comparses du Vol Libre Albertvillois, à l'atterrissage de Tours, en Savoie. Un oncle de Fred a la bonne idée de nous monter en 4x4, les 5 ailes rangées dans une remorque. A la sortie Albertville nous prenons la route du Fort du Mont qui, après quelques kilomètres, se transforme en une piste tortueuse enneigée. Passé le blockhaus des Têtes le chemin n'est plus praticable et nous chargeons le matériel sur le dos.
La marche débute par la traversée de la forêt des Déberts. Puis un petit sentier, à flanc le vide, nous conduit à travers un paysage de roches et d'eau. La montée n'est pas physiquement éprouvante mais la neige ralentit notre progression et refroidit les pieds ! Les sacs paraissent bien lourds. Même ceux qui ont pris la précaution de se délester de leur protection et de leur secours rêvent de légèreté.
Nous progressons d'un pas lent mais régulier en nous arrêtant de temps en temps pour respirer un peu, boire un coup, grignoter un Mars et... rire aux blagues de Fred. Ces ascensions ont quelque chose de magique, d'initiatique où tous les sens sont en éveil, où l'on apprend à se taire, à écouter. Des moments vrais que l'on partage entre amis loin des "matuvus fluorisés" et des compétiteurs acharnés. Une immersion en pleine nature qui est à la fois source d'évasion et gisement d'énergie. Se fondre dans l'élément pour y puiser toute sa force ! Nous passons sous la Roche Pourrie. Deux jeunes "skieurs extrêmes" en quête, eux aussi, de glisse sauvage avancent bon train surf au dos.
 

Spectacle

Au bout d'une heure de marche nous arrivons aux Bergeries et là nous tirons droit sur la Pointe St Jean qui se dresse devant nous. La neige est vierge si ce ne sont quelques traces de bêtes à cornes. Il faut planter les chaussures pour accrocher dans la pente.
Une vingtaine de minutes plus loin, un petit lac gelé vient émerveiller nos yeux. Encore quelques efforts et nous découvrons un large plateau qui fera office de décollage.
Nous sommes à 2000 m. Le vent est quasi nul ou léger travers gauche. La vue est vertigineuse et le spectacle grandiose.
Arrêt sur image.
En contrebas, le décollage de la Fenêtre 7 paraît minuscule. En face la Grande Lanche. A l'Ouest/Sud Ouest Albertville, les Bauges, la Chartreuse, le Vercors. A l'Est Valmorel, le Mont Pelvoux, la Barre des Ecrins. Derrière nous au Nord, les pics se succèdent : le Mirantin, le Pas de l'Ane, la Grande Journée et juste en face de Nous, la fameuse Pointe Saint Jean.
De ces dômes bienveillants, de cette neige immaculée, de ce silence ouaté se dégage un véritable parfum de liberté.
Le ciel nous sort de nos rêveries et nous invite à le rejoindre. Sans hâtes nous étalons nos voiles face au Sud. Nous savourons cet instant de sérénité. Un moment de répit, sans stress, sans file d'attente, sans "blaireau impatient" qui viens s'essuyer les chaussures sur votre intrados.
Fusion, Mérak et autres ITV viennent apporter quelques touches de couleurs dans cette blancheur ambiante.
 

L'appel du ciel...

Puis nous décollons les uns après les autres. Il est midi passé. Suivant mes prédécesseurs, je plonge vers la forêt de Trimpaz, franchis le Grand Ruisseau et file vers le blockhaus qui, tel un phare, guide notre route. L'air est calme en cette saison et les thermiques sont plutôt rares. Nous survolons notre chemin de croix avec un plaisir non dissimulé et avec pas mal de gaz sous la sellette. Ce vol est un véritable cadeau du ciel. On ne sait plus si le vol est prétexte ou motivation à la randonnée, carotte ou cerise sur le gâteau. L'un devient indissociable de l'autre. L'espace semble nous appartenir. Ce vol nous change de ceux que nous faisons habituellement sur les sites saturés de la régions ou l'on passe plus de temps à éviter les autres ailes qu'à contempler ce décor naturel qui nous accueille.
A force d'avancer nous arrivons au-dessus du décollage du Fort du Mont où un deltiste s'affaire à monter ses tubes. Pour finir en beauté nous grattons le long du relief en compagnie de quelques buses étonnées de nous voir au dessus d'elles.
Un vol mémorable d'une trentaine de minutes, 1700 m de dénivelé. Une communion avec la nature qui cultive le paradoxe de la simplicité et de la grandeur.
Un vol fêté dignement mais modérément à coup de vin blanc par Stéphane qui avait prévu qu'il ferait un hors terrain aujourd'hui...

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Dernière modification : 29/01/01