[Rementer]
Remonter
Vol de reprise
 
Texte: Jean-Luc Cadenel.
 
Grisaille à l'image du temps de la semaine... Marc, croisé la veille avec des yeux de loup-garou et une fièvre de cheval, me téléphone vers les 9 heures, alors que j'étais en train de couper du bois en prévision d'un rude hiver, pour aller faire un "vol utilitaire".

C'est le jour "J" pour Maciej, un polonais récemment arrivé au club. Il y a 5 ans, il volait mais une mutation sur Paris a mis un terme à cette aventure... La semaine dernière Marc lui a fait "bouffer" de la pente-école avec une vieille Apex qu'il vient d'acquérir... Aujourd'hui, si le temps le permet, Maciej va renouer avec le vol, grandeur nature... Nous commençons par repérer l'atterro à Verthier puis nous montons à Montmin... Mon rôle est simple, je dois l'encadrer au déco tandis que Marc assurera le suivi de l'atterrissage... je me sens investit d'une sacrée responsabilité d'autant plus que la haut la brise est arrière et que le ciel est chargé de gros nuages grisâtres qui auraient bien plu à un certain Turner... Quelques créneaux "vent nul" s'affichent temporairement... mais il y a très peu de chance que l'on ait un vent de face aujourd'hui... Le vent de Sud souffle, légèrement pour l'instant, ce qui sous-entend que, si l'on parvient à décoller, il ne faudra pas traîner dans les parages et rejoindre directement l'atterro... Maciej se prépare avec fébrilité, je l'aide à étaler et à installer correctement ses élévateurs (s'il savait qu'une fois sur deux je les mets à l'envers...)... Démêlage scrupuleux des suspentes et positionnement de la voile en "V" pour qu'elle écope rapidement... Nous prenons tout notre temps, moi plus que lui, car nous n'avons aucun droit à l'erreur... Pendant ce temps, des stagiaires "SIV" enchaînent leur déco avec plus ou moins de succès...

Dans un calme "théâtral", j'explique le plan de vol et je rappelle les gestes élémentaires du décollage... Nous attendons le bon créneau qui n'a pas l'air de vouloir venir... Dernier rite pour conjurer le sort et pour évacuer un peu de pression, aller uriner sur l'un des arbres qui borde le déco, place qu'il doit d'ailleurs regretter… L'attente est interminable… autant qu'un sirtaki ou qu'un interview de Paco Rabanne…

La biroute est bien gonflée en arrière, elle mollit et retombe... Devinant qu'on ne pourra espérer mieux, je lance Maciej qui sprinte, comme convenu, vers la cassure... L'Apex monte curieusement bien, il la freine un peu en m'attendant hurler "du frein ! " et le voilà parti vers le lac... Marc prend le relais en radio et je pousse un premier grand "ouf" de soulagement... Craignant que les flammèches restent définitivement "de cul", je saute dans ma sellette et quitte le sol après une course effrénée qui aurait rendu "blanc" de jalousie Ben Johnson et Carl Lewis réunis ... Je ne sais pas si c'est le fait d'avoir vu le polonais si nerveux mais j'affiche un calme surprenant... Les conditions sont critiques mais, à force d'avoir maintes fois répété la manœuvre à Maciej, je sais exactement ce que j'ai à faire... Une course rapide, un accompagnement des avants jusqu'au bout, un léger coup de frein bien dosé, une correction adaptée si nécessaire, un appui prononcé sur la ventrale… Un enchaînement qui doit s'effectuer sans le moindre doute, avec une profonde conviction... et tout se déroule comme prévu... Second "ouf" de soulagement...

L'air est plutôt calme et le vent de Sud pas si fort que ça... Je n'userai guère le vario , il ne bipera qu'une seule fois et encore dans la ressource d'une série de 3,6... Je rejoins le lac "bras hauts", quelques wings cadencés approche du terrain dans une ambiance assez turbulente et posé royal en plein centre du terrain... "Heureux aux anges" , Maciej nous offre sa tournée au bar de l'atterro de Planfait, au son du cor de chasse de Seb, l'hirsute moniteur des Volailles...

Ce n'était peut être pas un jour à faire voler un "polonais rouillé", ce n'était pas non plus un jour à monter dans une voiture assaillie par des milliers de bactéries et autres microbes cultivés par Marc, mais il faut savoir vivre dangereusement surtout si l'on en croit ce vieux dicton qui dit "s'il est vrai que l'on ne peut pas rallonger sa vie, il n'en est pas moins vrai que l'on peut l'intensifier... "

Envoyer un courrier électronique à pour toute question ou remarque concernant ce site Web.
Dernière modification : 1/02/01